La machine d'Anticythère reconstruite par les collégiens

Data
Country: 
France
Media name: 
Centre Presse
Author: 
Didier Monteil
Media type: 
Journal
Publication Date: 
03/10/2013

Une machine à prédire le mouvement des astres inventée par Archimède et reconstruite par des collégiens sera exposée à Poitiers, Espace Mendès-France.

La machine d'Anticythère, vous connaissez? L'objet servait à prédire les mouvements des astres, à informer sur les phénomènes des éclipses jusqu'à donner leurs dates, à renseigner sur les mouvements de la lune et des planètes. L'origine de cette aventure remonterait à deux siècles avant Jésus-Christ. Archimède, grand scientifique grec, pourrait en être l'auteur: « Il aurait commencé cette machine et ce serait l'un de ses disciples qui l'aurait terminée », précise Catherine Garcia-Maisonnier, professeur de sciences physiques au collège René-Cassin de L'Isle Jourdain. Elle a, durant toute l'année scolaire dernière, avec son collègue Eric Robuchon, professeur de technologie au collège Gérard-Philipe de Chauvigny, encadré des élèves de 3 de ces deux établissements scolaire pour un projet particulièrement ambitieux: reconstituer l'extraordinaire mécanisme d'Anticythère.

Internet, un outil de recherche performant

Un challenge né d'une émission de télévision. « En 2012, un film sur cette machine a été diffusé sur Arte », raconte Éric Robuchon. Le documentaire séduit ses élèves. L'histoire vient de prendre forme dans une classe de troisième d'un collège passionné et motivé par la science. (*)
Mais comment entrer en contact avec les scientifiques qui se sont penchés sur le sujet? Simple comme Google. « Après avoir relevé le nom des chercheurs inscrits au générique du film, nous sommes allés sur Internet, explique le professeur de technologie, et nous avons trouvé son numéro de téléphone. » Le plus dur est derrière l'équipe. Qui sollicite, cependant, le carnet d'adresse de l'Espace Mendès-France pour étendre les recherches.

Rhodes, une ville qui a levé une partie du mystère

Les liens sont établis entre les collégiens et les spécialistes dont Yanis Bitsakis, chercheur grec à l'université d'Athènes, qui travaille sur les aspects pédagogiques de l'histoire de la machine d'Anticythère (lire l'article ci-dessous). Celui-ci sera présent à l'Espace Mendès-France, à Poitiers. Au fil des semaines, le travail s'organise. Au point d'avoir un scoop: le scientifique grec livre le nom d'une ville, Rhodes, inscrite sur les fragments des vestiges de cette machine retrouvée dans les eaux de l'île Anticythère, lieu où a coulé le bateau qui transportait l'appareil. Un nom qui a permis de lever quelques questions quant à la datation de la machine.
Après avoir invité des experts de l'université de Poitiers, sollicité des scientifiques internationaux les deux enseignants et leurs élèves ont reconstitué le mécanisme de la machine Anticythère. La pièce, à l'Espace Mendès-France, est exposée pour la durée de la fête de la science. (Du 9 au 13 octobre).

(*) Rappelons que le prof a des références avec ses anciens élèves: « En 2005, nous avons décroché le premier prix européen pour un ballon avec expérience embarquée. » Le CERN (Centre européen pour la recherche nucléaire) à Genève récompense les lauréats invités à visiter le site. 4.000 euros. Ce sera pour le collège.

•••"Il a fallu un siècle pour comprendre"

Yanis Bitsakis, chercheur grec à l'université d'Athènes, travaille depuis une dizaine d'années sur la machine d'Anticythère. Il sera présent, dans le cadre de la fête de la science à l'Espace Mendès-France, à Poitiers. « C'est un objet très spécial, un calculateur mécanique capable d'aller en avant et en arrière, explique-t-il, mais il y a tout un mystère. Il a fallu un siècle pour comprendre son fonctionnement. »
La machine est restée 2.000 ans sous la mer. Elle a été découverte, par hasard, par des pêcheurs d'éponges partis pour la saison d'été, qui avaient mouillé sur l'île d'Anticytère afin d'éviter une grosse tempête. « L'un d'eux a plongé, raconte le scientifique, il a vu une statue. » C'était l'épave, appartenant au grand empire romain, qui ramenait des oeuvres d'art de la Grèce que les guerriers venaient de piller. La période estimée remonterait avant Jésus-Christ. Les nouvelles datations (- 60 avant Jésus-Christ) ont été effectuées à partir d'une expédition Cousteau en 1976, qui a récupéré des monnaies frappées dans cette période.
Entre 1900 et 1901, plusieurs expéditions ont permis de remonter les objets. Aujourd'hui, « 80% des objets ont été extraits de l'épave et sont exposés au musée d'Athènes jusqu'au 25 janvier 2014 », précise Yanis Bitsakis. Mais seulement « un tiers de la machine a été trouvé, c'est un élément du mystère. » En 2005, des fragments de l'appareil ont été passés au scanner, rayon X en 3 D. Qui a révélé la ville de Rhodes, inscrite sur des cadrans olympiques où se déroulaient les jeux tous les quatre ans. Un indice de plus pour percer le mystère.
Les questions, sans réponses, restent nombreuses: « Archimède fabriquait ce genre de machine, raconte Yanis Bitsakis, mais cela pourrait être d'une autre école. » Ce qui est passionnant dans cette recherche, c'est qu'il y a une approche pluridisciplinaire, « l'astronomie et la mécanique sont reliées aux mathématiques ». L'équipe de recherche va publier toutes les inscriptions sur la machine en bronze, en 2014 l'intégralité de ce texte sera disponible. Un texte qui, lui aussi, n'a pas encore livré tous ses secrets.